mardi 14 mars 2017

en finir avec le frisson destrier


photo issue du site : lesbaladins.net

Pourtant Roi de toute reconstitution historique, spectacle pseudo-médiéval ou film d'époque, le frison n'en est pas moins un imposteur ! Eh oui, il n'a jamais été le destrier des chevaliers médiévaux ! S'il est vrai que la race frisonne était déjà appréciée au Moyen-Age, elle était loin de ressembler aux frissons d'aujourd'hui, ces derniers ayant beaucoup évolués au cours du temps avec l'apports de sangs étrangers, andalous notamment durant l'occupation espagnole des pays-bas aux 16° et 17° siècles, mais aussi de trotteurs au 19° siècle.

Mais alors pourquoi, et ce même auprès des amateurs du genre qui passent leurs weekends en armures, le frison est-il devenu dans l'imaginaire collectif le cheval des chevaliers ?

"La Belle Dame Sans Merci" - Sir Frank Dicksee
peinture préraphaélite, typique du romantisme médiéval du 19°

La raison principale de cette confusion tenace nous vient tout droit du 19° siècle. Les historiens de cette période sont persuadés qu'il faut des chevaux lourds et grands pour supporter le poids des chevaliers et de leurs lourdes armures.
Une autre raison vient du fait que les amateurs de reconstitutions historiques tout comme les dresseurs de chevaux de spectacles et de cinéma apprécient énormément le Frison pour sa prestance et sa photogénie. Tout comme les chevaux espagnols ces derniers sont donc largement utilisés dans le monde du spectacle, peu importe les époques demandées.

Mais revenons au Moyen-Age, c'est en effet l'âge d'or de ces protections corporelles. D'abord cotte de maille et casque au 11° siècle, elles se sont rependues et complexifiées tout au long de cette période, si bien qu'au 15° siècle, elles recouvrent l'intégralité des corps des chevaliers et chevaux de métal. Elles sont rendues obsolètes, tout comme les châteaux forts à tours et échauguettes, par les armes à feux dont l’essor est permis par l'évolution de la métallurgie dès la fin du Moyen-Age pour les canons. Les armes à feux individuelles mettront plus de temps à développer leur fiabilité, les arbalètes et arcs continuent d'être utilisés ainsi que les armures complètes au début de la Renaissance.


illustration Larousse


Cependant et contrairement à ce que l'on a longtemps cru en étudiant des amures d’apparat, le Harnois complet (l'amure de plaques) était moins lourde et encombrante que les cottes et hauberts (robes) en mailles. Elle pesait environ 20 kg ce qui correspond au poids moyen d'un équipement militaire de toutes les époques et régions (c'est aussi le poids d'une combinaison complète de pompiers par exemple) et elle permettait de courir, lutter, se battre au sol, remonter à cheval rapidement. Finalement le plus difficile à porter restait le heaume qui restreignait le champs de vision et la respiration du chevalier. Le cheval quand à lui était aussi caparaçonné, il portait une barde qui avoisinaient les 30 kg et étaient plus souvent en cuir bouillit qu'en acier (là encore on garde en tête les armures d'apparat et non de guerre).

On voit donc qu'il n'était pas nécessaire d'avoir un cheval extrêmement grand et porteur pour supporter le chevalier et son amure complète. Les chevaux pouvant supporter de 20 à 30% de leur poids, si on ajoute le poids de l'équipement à celui des cavaliers de l'époque, plus petits en moyenne que les population actuelles européennes, on arrive à un cheval ayant un poids entre 550 et 600 kg.

photographe : David Ball
Sir Quint of Knights of Avalon on Noble a Clydesdale Draft Horse

De plus, avoir un cheval très lourd, grand et peu maniable semble être très désavantageux sur un champs de bataille où les qualités principales recherchées pour un cheval sont sa rapidité et sa maniabilité.
Mais alors quels chevaux se cachent sous les caparaçons ?

Attribué à Barthélemy d'Eyck vers 1460
Icy après s'ensuit comant les deux ductz de Bretaigne et de Bourbon
sont à cheval armoyez et timbrez ainsi qui seront au Tournoy.

Au Moyen-Age il n'y avait pas de registres d'élevage ou de races bien déterminées, les chevaux étaient désignés par leurs fonctions. Les étalons les plus beaux, grands et puissants devenaient des destriers, c'est-à-dire des chevaux de guerre et de tournois destinés aux nobles les plus riches. Ensuite venait les palefrois et haquenées, chevaux de la noblesse pour se déplacer et aller à la chasse. Les chevaux de moindre qualité appelés roussins étaient utilisés par les nobles de seconde zone. 

Les dernières recherches et fouilles archéologiques sur les caparaçons et autres pièces d'armures ainsi que les reconstitutions de tournois montrent que les chevaux utilisés pour la guerre mesuraient environ 1,50 m et avaient la morphologie de chevaux de selle plus que de trait. Au Museum of London, les chercheurs en analysant des œuvres littéraires, picturales, et des sources archéologiques, sont arrivés aux mêmes conclusions : le cheval militaire médiéval anglais mesurait entre 1,40 m à 1,50 m et se distinguait d’un cheval de selle par sa force et ses compétences plutôt que par sa taille. 

illustration plus proche de la réalité du cheval médiéval

Si l'on sait que les chevaux des Frises comme les genets d’Espagne, les chevaux navarins (aujourd’hui disparus) étaient très prisés, tout comme l'Irish Hobby a été utilisé durant les guerres d'indépendance de l'Ecosse en Angleterre, il ne reste pas en Europe continentale de race de chevaux restée intacte depuis le 14° siècle.

Seul le cheval islandais est parvenu jusqu'à nous sans aucun croisement depuis l'an 982. Bien qu'en moyenne un peu trop petit et léger pour correspondre totalement aux critères de l'époque, c'est aussi une des rares races équine qui ait conservée toutes les allures propres aux destriers et palefrois médiévaux, notamment l'amble.

L'islandais destrier ? Bien plus réaliste et non moins classe !

- https://fr.wikipedia.org/wiki/Cheval_au_Moyen_%C3%82ge#cite_note-Hippia-45
- (en) John Clark, The Medieval Horse and its Equipment: c.1150-c.1450, The Boydell Press, 2004, 2e éd. (ISBN 1-8438-3097-3)
- (en) Christopher Gravett, English Medieval Knight 1300-1400, Oxford, Osprey Publishing, 2002 (ISBN 1-84176-145-1)
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Islandais_(cheval)
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Armure_(%C3%A9quipement)
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Frison_(cheval)#cite_note-Chepo36-1

lundi 13 mars 2017

déjà le printemps




Une très belle sortie en tête à tête avec Val dimanche. Elle a été relativement calme et disponible tout du long. On a fait beaucoup de pas et des pauses où je l'ai laissé brouter. J'ai profité du paysage, des petits oiseaux et du beau temps. Première balade en tee-shirt de l'année, j’ai pris mon temps ! Je crois que ces temps calmes ont beaucoup aidé Val qui était beaucoup plus posée que la semaine dernière.

6,5 km/h de moyenne, on a effectivement peu avancé !

Je suis encore tombée sur un magnifique chemin rural cultivé ! En plus, celui-là fait partie d'un schéma départemental et régional. Si vous ne l'avez pas encore fait, je vous revoie vers mon article sur le sujet : disparitions des chemins ruraux.

encore un chemin volé pour être cultivé

Val avait bien retenue la leçon de la semaine dernière, elle partait au trot en se retenant. Elle continue de tenter d'accélérer parfois, mais elle se retient bien mieux et écoute bien quand je la reprend. J'ai retenté un petit galop aussi, Val a fait une magnifique transition galop/arrêt à la fin et a gagné le droit de grignoter quelques touffes d'herbe de printemps. On s'est bien amusée sur le retour dans les bois aussi à faire des petits chemins sinueux au grand trot en slalomant entre les troncs et les branches basses. Vraiment une belle sortie !




lundi 6 mars 2017

retour du beau temps



Comme vous l'aurez tous noté, j'ai une semaine de retard dans mon journal de bord. Nous avons fait cette belle sortie le weekend dernier, celui où il a fait beau et relativement chaud, pas celui-ci où on était sous la tempête !

Autant si côté météo c'était le beau fixe, autant côté juments c'était le niveau d'anxiété qui était optimal ! Val a été ultra tendue sur tout le tour, elle n'a jamais relâchée la pression, j'ai eu l'impression de faire toute la balade au frein à main, c'était une horreur ! Siwa n'était pas beaucoup plus calme, mais elle est plus limitée par ses capacités physiques que Val qui n'a pas conscience des siennes. En nous avions choisies un tour très roulant avec de belles lignes droites en herbe, ce qui n'a pas arrangé les choses. 

Ne pas tenter la même chose avec des chevaux ferrés !

Cela fait quelques semaines que Val a tendance à bourriner dans les allures et vouloir aller toujours plus vite. Cela correspond à la période où elle est nourrie avec de l'orge en plus du foin à volonté et surtout où je la sors beaucoup moins. Etant donné que je n'ai pas eu jusqu'à présent de soucis pour la repasser dans l'allure inférieure, cela ne m'inquiétait pas plus que ça. Avec cette balade, j'ai changé d'avis car ça n'était vraiment pas agréable de devoir la retenir en permanence. En plus le licol n'est pas du tout fait pour être sur en contact constant, il faut monter au contraire être rêne longues, et utiliser le poids des rênes comme avec un hackmore ou un bosal. Je réfléchis à lui trouver une autre embouchure qui conviendrait mieux.

le gros noeud sous le licol agit comme un bosal 

D'ailleurs on voit bien sur cette vidéo au galop, où Siwa fait un immense effort pour nous suivre d'ailleurs. Val repasse sans soucis au trot au bout, mais j'avais demandé une transition au pas et pour l'obtenir je suis obligée de batailler : continuer tout droit et faire une volte. 



La balade était tout de même vraiment sympathique, les chemins étaient très agréables, on a croisé quasi personne et quasi aucune routes. Il n'y a que pour la traversée de la Marne que l'on est obligée de retourner à la civilisation.






On a fini la balade en laissant les juments se goinfrer des premières pousses de belle herbe de printemps qui pointent le bout de leur nez. Ça rend un peu vert fluo sur les photos, mais ça n'est pas loin de la réalité !



Siwa et son filet sans frontal

mardi 21 février 2017

du rien, du moins pas grand chose




On patine grave ces temps-ci du côté de Val. Je suis très souvent absente les weekends et la semaine c'est l'absence de motivation tout court qui domine. Le froid, la nuit, l'humidité, la flemme, l'appel de mon canapé. Bref pas la motivation quoi. En plus j'ai quelques soucis physiques, ma cheville et mon poignet ne sont pas au top, notamment grâce à une belle chute sur glace en sortant de chez moi, digne de Marv dans Maman j'ai raté l'avion. 


parfaite reconstitution de ma chute d'il y a 3 semaines

Pourtant Val aurait grand besoin d'être sortie plus souvent avec l'énergie débordante qu'elle a en ce moment. Je dirais même que l'idéal serait de la sortir au moins 3 fois par semaine : une séance en carrière pour travailler les assouplissements, une en solo en extérieur pour la laisser dérouler ses allures et travailler la musculature et le cardio, et une belle balade en duo pour faire plaisir et découvrir de nouveaux coins.
Dans la réalité ça fait 3 semaines que je ne suis pas montée et Val fait du gras à défaut d'autre chose, c'est toujours ça de pris. Je vais pouvoir bientôt lui retirer sa couverture en espérant que ses problèmes de peau ne refassent pas surface.

Sur ce, je pars en quête de motivation !

peut être en Finlande, apprendre à vivre dans le froid et la bonne humeur !

vendredi 10 février 2017

tours des lacs à dos de morues

Val a changé de cavalière

Ce samedi nous avons, une fois n'est pas coutume, bravé les conditions météos toutes pourries de notre belle région Île de France, pour nous offrir une escapade autour des étangs de Jablines. C'est une grosse base de loisir aménagée par la Région, mais c'est notamment grâce à elle que nous devons la réouverture de la plupart des chemins ruraux que nous empruntons. 

Les juments étaient survoltées, en particulier Val qui n'a jamais réussie à se caler. Faut dire que j'ai récupéré la pauvrette tremblotante dans son paddock, elle devait donc être particulièrement frigorifiée. Dans tous les cas elle était infatigable !
Blague à part ça devient un vrai soucis, autant elle écoute toujours pour les transitions tant montantes que descendantes, autant elle bourrine vraiment beaucoup trop à mon gout dans les allures et ça devient problématique trot et au galop. Va falloir que je reprenne ça rapidement. L'avantage c'est que l'on a pas traîné pour une fois !

Siwa fait sa petite vie sans soucis, mais elle a beau être brave, elle a vraiment du mal à suivre avec ses petites jambes ! J'ai eu l'honneur de poser mes fesses dessus et elle est toute rigolote à monter, il faut être très enthousiaste pour la motiver, l'exact opposé de Val, c'est assez marrant.


jument trempée comme une soupe !





seul moyen qu'on ait trouvé pour lui faire tenir l'immobilité...

mercredi 8 février 2017

le Genet cheval mythique

Adam Frans van der Meulen, Louis XIV au siège de Besançon, 1674

Le Genet d'Espagne a été pendant des siècles le cheval de la noblesse et l'aristocratie européenne. Du moyen âge jusqu'au début du 19°siècle il écrase toute concurrence, c'est le cheval de guerre par excellence : plus rapide, plus agile, plus maniable, plus robuste, plus endurant, plus facile à dresser que les autres chevaux ! J'avais esquissé le sujet dans l'article sur le cheval dans l'histoire de l'art, mais il mérite un espace à lui seul car il retrace une partie de l'histoire européenne du moyen âge jusqu'aux temps pré-modernes.

Caractéristiques : 

C'est un cheval petit (pour nos critères actuels, au moyen-âge il était considéré comme un grand cheval), compact et musclé, doté d'une forte encolure et arrière main et d'une petite tête. Il a un caractère calme et docile, et se dresse facilement. En plus de ses prédispositions naturelles au rassemblé du fait de sa morphologie, il possède des allures supplémentaires indispensables à l'époque pour un destrier notamment l'amble. Allure aussi rapide et économique pour le cheval que le trot, mais plus confortable pour le cavalier qui permet de rester de longues heures en selle.

Le Chevalier, la Mort et le Diable
gravure par Albrecht Dürer, 1513


Origines :

Il faut remonter aux conquêtes musulmanes qui débutent en 711 en Espagne pour voir débarquer les cavaliers arabes mais surtout berbères ainsi que leurs chevaux récemment enrôlés lors de la conquête du Maghreb. 
Bataille de Guadalete - Salvadoir Martinez Cubells (1845-1914)

Les historiens s'accordent sur le fait que c'est grâce à leur cavalerie qu'ils ont remportés d'aussi nombreuses et rapides victoires jusqu'à Poitiers. D'une part leurs chevaux étaient plus rapides et plus maniables, mais pour mieux encaisser les arrêts brusques et les mouvements rapides, les cavaliers arabes montaient avec des étriers très courts, monte que les espagnols ont appelée "à la jineta".  Elle était très différente de celle des européens d'alors qui chaussaient leurs étriers extrêmement longs et montaient jambes tendues et en avant. C'est la première hypothèse étymologique du nom "genet".

La deuxième étymologie, que j'affectionne plus particulièrement, vient du nom des tribus berbères qui ont combattues sur le vieux continent avec leurs chevaux : "les zénètes". La prononciation du "z" ayant progressivement tourné en "g" pour donner "genet". On parle en effet, de cavaliers "arabes", la plupart des peintures illustrant cet épisode ayant été faites aux 19° siècle où l'orientaliste était très en vogue, elles représentent ces fiers conquérents sur de magnifiques pur-sangs arabes. 

représentation de Tariq Ibn Ziyad
sur un magnifique étalon pur-sang arabe

Mais en réalité, les cavaliers arabes ont envahis la Lybie en 647 et ont continué leur invasion vers l'Ouest avec environ 400 chevaux arabes. Là ils rencontrèrent une très forte résistance des tribus Zénètes et Sanhajas. Les Zénètes en particuliers étaient des nomades et d'excellents cavaliers, ils élevaient dans les montagnes de l'Atlas leurs propres chevaux très différents des purs sangs arabes : les barbes. Plus de soixantes ans plus tard, les musulmans arrivent à vaincres ces tribus, les convertissent à l'Islam et en 711, Tariq Ibn Ziyad fait traverser le détroit de Gilbratar à 7000 cavaliers et chevaux zénètes et écrase l' armée de Rodéric durant la bataille de Guadalete . Un an plus tard, Moussa ben Nuçair amène 15 000 chevaux zénètes supplémentaires à Algésiras, ce qui lui permet de conquérir l’Espagne jusqu’aux Pyrénées. Même s'il est certain que les chevaux arabes se sont croisés avec ceux des berbères, "les chevaux arabes" qui ont débarqués en europe étaient donc très majoritairement des chevaux barbes.

cheval barbe actuel relativement proche du modèle du Genet

A partir de la moitiée du 8° siècle, la reconquista permet aux espagnols de récupérer les chevaux laissés sur place par les mulsulmans. La réputation des cavaliers arabes et de leurs chevaux ayant certainement marqué l'europe entière, les espagnols gardent très jalousement ces chevaux et commencent leur élevage en effectuant très peu de croisements avec les races locales. En effet, une étude réalisée en 2005 sur l'ADN mitochondrial montrent que le Sorraia (race locale et très ancienne de chevaux espagnol) appartient à un cluster de gènes largement séparé de la plupart des races ibériques (voir références). A l'inverse, ces recherches montrent que l'Andalou de la péninsule ibérique (aussi bien PRE que Lusitanien) et le Barbe sont très proches. 

Fauconnier partant pour la chasse, BNF,
arrière main puissante, port de tête altier, allures relevés : tout y est !
NB : les cavaliers européens n'ont visiblement pas adopé la monte arabe


Moyen-Age :

A partir de la Reconquista, le Genet très réputé dans toute l'europe est élevé et utilisé principalement comme destrier, c'est-à-dire comme cheval de guerre. Sa rareté lui donne une très grande valeur, il n'est utilisé que par la noblesse et son histoire est melée à celle de la chevalerie. Il n'y a pas d'écrits sur les élevages ou les races de chevaux utilisées à cette époque, au Moyen-Age les chevaux sont désignés selon leur utilisation. Le Genet en temps que destrier appartennait donc à la catégorie la plus prestigieuse de chevaux de l'époque. Quand les chevaliers ne font pas la guerre, ils tournoient ou ils vont à la chasse, discipline où le Genet excelle là encore du fait de son endurance et de sa robustesse.

Bataille de Najera, chroniques de Jean Froissart (15°s)

scène de tournoi, remarquez la petite taille des chevaux 

Du fait de son calme et de sa grande valeur, il est aussi très prisé comme palefroi, c'est-à-dire cheval de marche, utilisé pour se déplacer autant par les chevaliers que par les dames. Va sans dire que savoir ambler n'était pas non plus une option pour un palefroi qui se respecte, mais bien un équipement de série. C'était un peu la voiture de luxe de l'époque.

Les très riches heures du Duc de Berry, Août
Les frères Limbourg,1412-16

Renaissance, l'apogée :

Les deux utilisations principales du Genet n'évoluent que très peu tout au long du moyen âge et de la Renaissance, fondamentalement la façon de faire la guerre et d'utiliser la cavalerie ainsi que les modes de déplacements de l'aristocratie restent les mêmes. Le Genet reste donc réputé et sa morphologie n'évolue quasiment pas au cours de cette période. On peut noter qu'en 1571 l'élevage se fait plus structuré, Philippe II d'Espagne créé les écuries royales de Cordoue en Andalousie, le standard de la race commence à se mettre en place et le Genet commence à être appelé "l'Andalou". 
Le Genet profite énormément de l’expansion de la famille des Habsbourgs justement qui règnent sur l'Espagne de 1504 à 1700 et les importent en masse dans les pays germanophones (Pays bas, Allemagne, Autriche, etc...) pour améliorer les races locales. Ce qui donnera naissance notamment au Lipizzan et au Frison.
Aussi les artistes font des progrès en réalisme, ce qui nous donne des représentations de plus en plus précises.

François 1er à cheval, par François Douet (16°s)
François 1er était immense (1m98), son armure aux Lions
exposée au Musée de l'Armée aux Invalides vaut vraiment le détour
(y'a aussi l'étalon arabe de Napoléon empaillé, tout petit lui)

Le 17° siècle à l'inverse est marqué par une grande évolution dans l'équitation dans toute l'Europe. C'est à cette époque, sous le règne de Louis XIII en particulier que née l'équitation Française de tradition avec Antoine de Pluvinel alors écuyer du Roi qui fonde la première Académie d'Equitation Française. Ce mouvement venu d'Italie, institutionnalise et codifie l'équitation qui devient un Art à part entier. On ne monte plus seulement dans le but de dresser et de bien tenir à cheval durant la guerre, mais simplement pour la beauté et la perfection de sa pratique. Les nobles ne vont plus seulement à la chasse, mais aussi au manège, les tournois deviennent des carrousels. 

planche gravée par Crispin de Passe en 1625
issue du livre d’Antoine de Pluvinel de la Baume

tournois au carrousel du Louvres,
Louis XIV continue et magnifie l'héritage équestre de son père

Le Genet s'adapte bien à ce tournant dans l'équitation, ses capacités aux rassemblé et sa beauté ne sont plus à prouver. Il fait donc ses preuves en haute école et il reste la race la plus appréciée de la noblesse et de l'aristocratie européenne. Grâce aux échanges et cadeaux entre les familles royales, il gagne toutes les cours d’Europe, il atteint des sommets de popularité à la cours de Grande Bretagne, et écrase ses concurrents : le cheval Napolitain (lui aussi issu des chevaux "mauresques" et très prisé au 16° siècle) ou encore le Barbe venu directement d'Afrique. 

Louis XIV et la Cour chassant en vue du château de Meudon,
 (détail) par François Adam Van der Meulen, 17° s.
Isabelle de Bourbon - Diego Rodriguez de Silva y Velázquez, 17°s
l'étalon est visiblement sabino extrême

18° et 19° siècles, le déclin :

Au début du 18° siècle l'élevage en Espagne est à son apogée. Cependant les croisements effectués aux cours des siècles précédents qui ont beaucoup profités aux races de chevaux européennes et germaniques en particulier, sont beaucoup moins bénéfiques au Genet qui s'alourdit et perd en qualité même dans son berceau natal. Au 17° siècle la lignée de Cordoue réinjecte même du sang Barbe avec le "cheval de Guzman" probablement berbère pour redonner son brillant au Genet.

Le Genet souffre surtout d'un manque de popularité auprès de la noblesse où il nettement concurrencé par le Pur Sang. La mode est à l'orientalisme, à la légère et la vitesse, il est trouvé trop robuste et reste attaché à la chevalerie maintenant obsolète. Se sont maintenant les chevaux élancés qui sont en vogue, les purs sang arabes s'arrachent à des prix d'or. Notamment en Angleterre où l'engouement pour les courses et les chevaux arabes est sans précédent et va donner naissance au Pur Sang Anglais spécifiquement taillé pour la vitesse. 

Il reste des bastions de résistance et en haute école les qualités du Genet sont toujours louées par François Robichon de La Guérinière, écuyer sous Louis XV, et Buffon notamment.


M de Nestier Écuyer Ordinaire de la Grande Écurie du Roy
 peinture de Delarue (1751)

Le Genet souffre aussi de sa propre concurrence, en 1789 le premier stud-book du Pur Race Espagnol est créé. Petit à petit le glissement du Genet au cheval Espagnol se fait dans les écrits et dans les mœurs. 

Au début du 19° siècle l'Empire Napoléonien saigne l'élevage espagnol durant plusieurs décennies. Les meilleurs spécimens sont volés ou réquisitionnés de force. En 1832 une épidémie affecte sérieusement la population équine espagnole. L’Espagne restera très instable politiquement jusqu'au milieu du 20° siècle et le Genet disparaîtra tout à fait durant cette période trouble. Seule quelques îlots de résistance survivent à ces deux siècles de disette : quelques monastères chartreux d'Andalousie, dont la chartreuse de Jerez de la Frontera, et le monastère de Cartuja ainsi que les écuries royales continuent l'élevage et maintiennent le patrimoine génétique de la race.

Héritage :

Comment un cheval de cette valeur qui a autant marqué l'Europe et l'équitation a t-il pu disparaître ? On l'a vu la réalité est plus complexe, le Genet est toujours par ses descendants un cheval largement renommé. Il a directement donné naissance à toutes les races ibériques connues qui retrouvent depuis quelques décennies un fort engouement, ainsi qu'au Lippizan et au Frison. Il a aussi largement influencé l'élevage européen plus largement, même si son héritage est moins visible dans les races de chevaux à sang chaud notamment allemandes depuis le passage des races orientales.

Plus étonnamment on retrouve des descendants directs du Genet conservés quasiment dans les caractéristiques de leur apogée sur le continent Américain. En effet, la colonisation espagnole de l'Amérique qui débute au 16° siècle et atteint son extension maximale au 18° siècle, a été consommatrice d'un nombre incalculable de chevaux. De nombreux genêts ont fait parti des envois de chevaux vers les Amériques aux 17° et 18° siècle. Notamment à cette dernière période tous les chevaux portant des robes étranges. En effet les robes tachetées qui faisaient la diversité et la beauté de ses chevaux et qui sont représentées jusqu'au 18° siècle même sous la selle des plus puissants, ne sont plus du tout à la mode. La Noblesse s'attache en effet à n'avoir que des chevaux de robes unies et de préférence blanche. La valeur symbolique du cheval blanc est extrêmement forte en Europe et ce depuis le Moyen Age. Les éleveurs espagnols bazardent donc tous les chevaux de couleurs dans des bateaux en partance pour les Amériques. C'est ainsi que les Genets vont peuplé tout un continent ! La majorité des races de chevaux du continent américain étant issues de ces premiers débarquements. Les robes colorées et de leur patrimoine génétique a ainsi été sauvegardé.

Dans certains pays sud-américaines le Genet est même resté quasiment identique aux chevaux des conquistadors, le Paso Fino (Colombie et Porto Rico principalement) et le Paso Péruvien notamment sont des races sélectionnées depuis des siècles pour conserver non seulement les caractéristiques morphologiques des conquistadors, mais aussi les allures des destriers et palefrois de l'époque ! Ils ont ainsi des allures supplémentaires innées et dérivés de l'amble : le paso fino, le paso corto, le paso largo et le paso llano pour le Paso Péruvien.

étalon Paso Fino

Paso Fino Sabino extrême au nez busqué

Paso Péruvien au paso llano (sorte d'amble à 4 temps)

De la même façon on retrouve le patrimoine génétique quasiment intacte du Genet d'Espagne et de ses ascendants Barbes dans les races de chevaux américains qui n'ont subi aucun croisements depuis le 18°siècle, c'est le cas de certains mustangs. Un partie des chevaux des conquistador livrés à eux mêmes sont retournés à l'état sauvage, ils sont remontés de l'Amérique du Sud vers l'Amérique du Nord. Là ils ont trouvé de grandes plaines seulement peuplées d’amérindiens, soit des conditions idéales pour se reproduire. Avec la colonisation de l'Amérique du Nord au 19° siècle, ils ont vu leurs territoires fondre comme neige au soleil. Certains groupes se sont retrouvés isolés dans les montagnes Rocheuses avec l'arrivée des colons Américains. Depuis des recherches génétiques récentes (voir ref) ont montré que certains de ces groupes de mustangs étaient les descendants directs des chevaux Espagnols, ils sont d'ailleurs appelés les "Spanish Mustangs". Leurs caractéristiques physiques sont moins marquées que sur les races sélectionnées par l'homme, mais la nature a conservé l'extraordinaire variété génétique et de robes de leurs ascendants (grullo (dun), bucksin (isabelle), palomino, cremello, roan, perlina, sabino, tobiano, overo, tovero, rubicano, capé, snow flake, etc...).

spanish mustang, palomino overo (?)

A noter que si l'Armée Américaine ne les avait pas massacré jusqu'au dernier, on aurait pu savoir si les chevaux élevés par la tribu amérindienne des Nez-percés sur les bords de la rivière Palouse, c'est-à-dire les "appaloosa" étaient eux aussi des descendants directs des Genets. La race actuelle appelée Appaloosa étant issue de quarter horses sélectionnés pour leurs couleurs, elle n'a pas grand chose à voir avec l'originale tant en terme de morphologie que de génétique. Les chevaux des Nez-percés étaient sélectionnés pour être remarquablement endurants et pouvaient galoper des journées entières sans arrêts. Semant aisément tout poursuivant, ils étaient de redoutables armes de guerre, ce qui leur a valu d'être décimé.

Nez-percé sur son cheval, photographié par
Curtis, Edward S en 1910

Références :

https://academic.oup.com/jhered/article/96/6/663/2187610/The-Origins-of-Iberian-Horses-Assessed-via#TBL2
https://fr.wikipedia.org/wiki/Genet_d%27Espagne_(cheval)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Pure_race_espagnole
https://fr.wikipedia.org/wiki/Cheval_au_Moyen_%C3%82ge
https://fr.wikipedia.org/wiki/Cheval_blanc_dans_la_culture
http://www.cheval-savoir.com/1379-tournois-aux-carrousels-culture-equestre
https://fr.wikipedia.org/wiki/Expansion_de_l%27islam
https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89quitation_de_tradition_fran%C3%A7aise
https://fr.wikipedia.org/wiki/Lipizzan
https://fr.wikipedia.org/wiki/Colonisation_espagnole_de_l'Am%C3%A9rique
https://fr.wikipedia.org/wiki/Paso_Fino
https://fr.wikipedia.org/wiki/Paso_p%C3%A9ruvien
https://academic.oup.com/jhered/article-lookup/doi/10.1093/jhered/esj020
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/16489143