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mardi 26 août 2025

vers plus de renforcement positif ?


le livre d'Hélène Roche éditer chez Belin


D'une façon générale depuis que je travaille seule Val, j'utilise de plus en plus le renforcement positif (RP). Concrètement j'ai de plus en plus recours à la friandise et de moins en moins à des renforcements négatifs (RN), en essayant de me limiter le plus possible à des "stimulis".

J'utilise toujours du renforcement négatif pour certaines choses : bouger de mon espace personnel par exemple. C'est aussi des outils que je maitrise mieux et que j'utilise toujours en premier avec des chevaux que je ne connais pas, que je dois manipuler brièvement (chevaux au pré avec Val notamment). 

Il faudrait que je retrouve l'étude dont le résultat était qu'on pouvait mixer RP et RN sans soucis, voir même que c'était le plus efficace d'avoir plusieurs mode d'éducation selon les contextes. Il n'y a donc aucun problème à les mélanger, tant que les codes et notre langage corporels sont clairs pour le cheval.
J'admire celles qui arrivent à faire absolument tout en RP, en vrai il n'y a aucune limites (y'a qu'à voir ce qu'ils font avec les dauphins ou les animaux des zoo). Mais c'est un chantier beaucoup trop vaste pour moi, faut absolument tout décomposer, réfléchir, anticiper, etc.

Aussi je trouve le renforcement positif beaucoup plus difficile à utiliser que le renforcement négatif. En effet, on doit faire attention à tout : notre langage corporel, le timing, nos codes, notre façon de donner les friandises, etc. Tout doit être beaucoup plus précis en RP. Le timing notamment pour cliquer au bon moment se joue dans des microsecondes.

J'ai fait un stage avec Helene Roche 
sur l'utilisation du clicker voir ici et là  et j'ai lu son livre, que je recommande chaudement. J'utilise beaucoup avec Val en mix avec du RN.

Il y a plusieurs mix possibles entre renforcements positifs et négatifs :
- des exo avec uniquement du RN (un stimuli que tu retire),
- des exo RN récompensés avec une friandise (tu retire le stimuli et tu ajoute une récompense),
- des exo RP "purs" : tu rajoute seule la récompense sans avoir mis de stimuli pour avoir le comportement. C'est là où c'est super casse tête, parce que sans toucher ton cheval ni lui mettre aucune pression, tu dois arriver à lui faire comprendre ce que tu attends de lui. Pour ça tu as plusieurs outils :
  • soit "capturer" un comportement que le cheval va faire spontanément (bailler, se coucher, etc), 
  • soit "leurrer" le cheval tu lui montre une friandise ou une cible quand ils ont acquis la cible, pour les faire bouger dans le sens que tu veux,
  • soit tu joue à "chaud/froid" tu créé un dispositif et tu guide petit à petit le cheval vers le comportement que tu souhaites en décomposant beaucoup et en récompensant beaucoup mais en le laissant chercher aussi, c'est là où le dosage est super difficile. Généralement on s'aide d'objets pour qu'ils déclenchent le comportement souhaité,

Le clicker c'est un outil magique, mais ça génère aussi énormément "d'envie" qu'il faut arriver à canaliser sinon ça se transforme en frustration (tu cliques pas assez ou trop, ou tu n'as pas assez décomposer et il ne trouve pas, ou tu stagnes, etc.). Ca génère aussi une façon totalement différente d'interagir avec ton cheval : tu demande à ton cheval de proposer des choses. C'est souvent nouveau car on demande toujours dans toutes les méthode de travail au cheval de ne bouger que sur commande de l'humain. En clicker c'est le cheval qui doit bouger de lui-même ! 
Ce n'est pas incompatible encore une fois, juste ce ne sont pas les mêmes mécanismes d'apprentissage, d'où l'importance de bien délimiter un début et une fin de chaque séance de clicker, sinon c'est très inconfortable pour le cheval de ne pas connaitre dans quel paradigme il se trouve.

Et puis dans la vraie vie, tu fais surtout du mix : je trouve que la limite stimuli/renforcement négatif n'est pas si nette et c'est tant mieux ! De la même façon que tu peux mettre beaucoup trop de pression à un cheval 
en RP sans avoir aucun stimuli : lui demander de se mettre en mouvement en allant toucher une cible alors qu'il n'a aucune envie de bouger. Mais il sait que s'il ne bouge pas, il n'aura pas la friandise, mais ça le soule de bouger quand même ! Tu lui impose une situation fortement inconfortable dans les deux cas, alors que tu as juste installé un cône à 3m de lui.

Je trouve aussi que ça change totalement la façon de considérer les besoins du cheval en général. En effet le but du renforcement positif est de lui apporter ce dont il a le plus envie à l'instant T. Alors la friandise c'est très pratique parce qu'on peut l'emporter partout, le motiver à toute heure du jour et de la nuit, mais ça n'est pas forcément ce dont le cheval a le plus envie à l'instant T. Val adore se rouler (et dormir) en carrière, c'est souvent sa meilleure récompense en fin de travail. De la même façon elle adore trotter ! Même au pré, elle le fait spontanément très souvent sans avoir de stimuli extérieur (peur d'un truc par exemple) et elle exprime des gestes de contentement/excitation (jeté de tête/antérieurs) quand elle le fait. Donc par exemple en balade ou en carrière, juste la laisser libre de trotter, c'est une super récompense pour elle. 
Aussi parfois je me rend compte qu'elle n'a pas du tout envie de mouvement et qu'elle vie sa meilleure vie juste en broutant, ou à faire que des exercices de clicker à l'arrêt, c'est aussi des temps de partage très importants, une façon de lui apporter ce dont elle a envie à l'instant T. 

J'ai d'ailleurs commencé le clicker quand elle était blessée et enfermé au box, donc sans possibilité de mouvements. Il y a une infinité de mouvements et de codes en RP qu'on peut leur apprendre sans bouger un sabot. 


Dans les bases pour commencer le clicker je suis totalement l'approche d'Hélène Roche :

- l'intérêt de l'objet clicker est sans équivoque en précision et généralisation. J'ai longtemps utilisé le "oouuuuiii" vocal. C'est super, les chevaux sont super attentifs aux récompenses vocales, donc être démonstratif et de bonne humeur ils adorent. Attention tout de même à rester dans une attitude corporelle la plus neutre possible et à ne pas s'agiter partout, ça peut générer de l'incompréhension et donc de l'énervement pour le cheval. 
Que ce soit le clicker ou le "ooouuuiii", le but est que le cheval associe un code sonore à la récompense. C'est le principe du clicker : le "click" ou le "clock" avec la langue ne veulent rien dire pour le cheval au début, il faut "charger" le clicker pour créer une association click = récompense. Donc au début on clique et on donne des friandises systématiquement après, mais attention pas n'importe comment ! Le premier exercice appris par le cheval est celui qui sera le plus ancré, donc qu'il va le plus ressortir "dans le doute".
L'inconvénient du "oouuuuiii" c'est que c'est long à dire, et parfois tu n'es pas dans la même humeur et ça se ressent. Le click (avec un clicker) ou le clock (avec la langue) sont plus précis et ne dépendent pas de ton humeur. Mais on peut garder le clock + le "oouuuiiii".

- toujours commencer par des exercices de politesse/immobilité : la statue. C'est le premier exercice qu'on fait pour charger le clicker : on clique quand le cheval se détourne de tes mains ou de ta sacoche, puis tu peux affiner, en clickant quand le cheval reste bien droit, bien figée, la tête dans son axe. Avoir comme exercice le plus ancré l'immobilité ou la "statue" est très pratique en toutes circonstances comme les méthodes. Tu peux complexifier en secouant la banane, agitant tes mains sous son nez, etc. ya pleins de variantes. De même si c'est déjà trop intense pour le cheval, tu peux faire ces exercices en "espace protégé" c'est à dire derrière une barrière si le cheval est trop intense.

- ensuite c'est bien d'aborder rapidement une cible : le cheval doit toucher la cible (une bouteille de lait au bout d'un stick par exemple) avec son nez généralement. Il faut bien retirer la cible du champs de vision du cheval après avoir cliqué. En effet, le cheval doit comprendre que c'est son action de toucher la cible qui génère la récompense, et s'il l'a toujours en vue, il risque de s'emmêler les pinceaux et ne pas bien comprendre s'il doit encore interagir avec la cible ou non. 
Il y a énormément de variantes possibles et ça permet très vite d'orienter le cheval, c'est très pratique ! Tu peux lui apprendre à marcher, tourner, reculer, rester immobile (rester le nez coller de plus en plus longtemps sur la cible). Tu peux aussi apprendre à toucher la cible avec une autre partie de son corps : les fesses pour les aspirations, les épaules, les pieds pour donner les pieds, etc. Tu peux aussi apprendre des cibles au sol avec un tapis que tu peux ensuite mettre dans un van par exemple. etc. C'est infini !

- bien avoir un marqueur de fin et de début des séances de clicker. Avoir un cheval qui propose 150 trucs à la seconde au pansage c'est pénible pour eux comme pour nous. De la même façon que les chevaux qui ressortent la jambette à tout bout de champs. Par exemple avoir une banane de friandises que tu mets que pour la séance de clicker ou finir la séance par un "jack pot" : une récompense spéciale ou pleins de récompenses d'un coup et après c'est fini !

- la règle des 3D : ne changer qu'un seul paramètre à la fois : soit la Distance, soit la Durée, soit la Difficulté. Ca marche aussi en RN ceci dit.
 

Sur Val par exemple j'ai commencé par l'immobilité, elle est super là dessus, même en TREC on s'en sert (j'ai détourné l'exo de politesse, je secoue ou farfouille dans ma poche ou ma banane, elle sait qu'elle ne doit pas bouger, même à 10m, même à cheval). Le bisous aussi c'est top (la cible c'est ton visage que le cheval doit toucher avec son nez). Elle connait aussi la cible avec mon poing fermé à toucher avec le nez, très très pratique au quotidien pour tout + "la main magique" elle colle n'importe quelle partie de son corps quand je tends la main et j'écarte les doigts, tu peux faire du mener avec la main qui reste coller à l'épaule par exemple, ou juste la faire reculer à distance. 

La supériorité du RP c'est surtout pour les soins, c'est d'ailleurs la raison pour laquelle il a été inventé dans les zoo. Le "medical training" est un domaine à part entier du clicker. 

Que ça soit les soins courants, Val a appris à donner les pieds en RP : elle levait le pied en touchant ma main ouverte donc comme cible + code vocal après on rajoute la durée, etc. Elle mets aussi les pieds sur le trépied seule pour le parage (pareil le trépied est la cible). Quand je la pare, je mets un seau vide devant elle et je donne la récompense dans le seau pour ne pas qu'elle bouge. Ce mode de distribution dans un seau est très pratique quand tu travaille sur la distance par exemple.

Mais aussi les soins médicaux, avec son asthme Val subit tout un tas d'actes médicaux à base de piqures de désensibilisation, d'inhalations de ventoline, de soins des yeux, etc. 
Les inhalations dans le masque pour bébé est vraiment l'exercice le plus difficile qu'elle ait appris en RP. En effet la Ventoline et la cortisone la soulage immédiatement quand elle respire mal et nous évite des injections compliquées et douloureuses. Le maque est la cible : elle doit coller sa narine dans la chambre de respiration + souffler dedans. Sans clicker impossible de faire ce soin, je dois tenir le masque d'une main et boucher l'autre narine de l'autre, donc je ne peux pas la tenir. 

Elle a aussi appris les soins des yeux de la même façon : le flacon de soin est la cible et elle doit approcher elle même l'œil (avec ses allergies elle a souvent des irritations oculaires donc je lui met de la crème à la vitamine A hydratante dans les yeux).

Enfin les piqures de désensibilisations que je dois faire tous les mois se font aussi en liberté. Là je suis partie d'une statue (pareil je suis seule, elle ne doit pas bouger), elle sait maintenant dès que je mets le désinfectant qu'elle ne doit pas bouger jusqu'au "click" de fin d'injection. A noter les injections de désensibilisation sont en sous-cutanées donc beaucoup moins douloureuses que celles en musculaires ou en intra-veineuse.

mercredi 3 mars 2021

Visite saddle fitteuse

 

Le logo d'Elise Lambert notre ergonome 

Après des années de recherches de la selle idéale et avoir lu le blog d'Eugénie Cottereau en long, en large et en travers, j'ai du me résoudre à accepter la réalité, je suis incapable de trouver une selle qui nous convienne ! Suite à un ultime échec cuisant avec l'Atena de chez Prestige, une selle qui me faisait rêver depuis des années et qui a fini par devenir notre pire cauchemar, je me suis faite aidée.

Heureusement, Elise Lambert qui fait partie du réseau https://www.ergonomie-equestre.fr/ créé et formée par Eugénie s'est installée carrément chez nous!

Nous avons eu un rendez-vous en juillet pour essayer des selles axées équitation d'extérieur et endurance. J'ai exclu les selles de randonnée car le choix est très réduit pour nous et je n'en ai plus réellement l'utilité. 

Nous avons donc pu essayer la T4 endurance de chez Battes/Thorowgood (si vous vous souvenez bien, notre première selle!). Et la Wintec endurance Pro. Le tout avec un padd à cales de chez mattes car Val a l'épaule gauche plus creuse que la droite, fini l'impression de glisser à gauche incessante !

Les essais sont assez longs, car il y a pas mal de réglages à changer sur chaque selle (sangle, cales, etc..). J'ai finalement choisie la wintec car son option de réglage des couteaux d'étrivière donne un réel confort au trot enlevé, allure que nous pratiquons beaucoup!

Autre révélation, la sangle. Sans surprise vue la morphologie de Val, le choix de la sangle est vraiment cruciale. Ce que je ne savais pas, c'est à quel point Val se gonfle au sanglage, faudrait carrément changer de taille de sangle pour bien faire! Là encore des recommandations très utiles (bien, bien ressangler) et prendre une sangle sans pressions (cordelettes, mohair ou encore la sangle equisoft de chez stubben).


Voila le résultat : 

reste à faire maigrir Val cet hiver!

mercredi 17 février 2021

Coût d'entretien de Val en 2020


Cette année j'ai continué de remplir le tableau des frais de Val pour avoir les statistiques de mes dépenses. On arrive à un total de 2 683,45€. Etonnamment très proche des dépenses de l'an dernier avec un total de 2 628€ en 2019. 

Sans surprise le poste pension reste la plus large part du budget, avec derrière le poste soin. Val a en effet eu beaucoup de soins véto l'an dernier avec son asthme et un mauvais choix d'hébergement de ma part (pré-box, avec le foin mouillé). 



On note aussi une diminution des frais de parage suite à un arrêt maladie de ma pareuse.

Aussi je n'ai pas eu de DP cette année, donc pas de gains comparé à l'an dernier. Par contre j'ai vendu une selle Prestige est racheté une Wintec Pro suite au passage de la saddle fitteuse, donc j'ai eu un peu de bénéfices dû à l'écart de prix entre les deux marques.



La répartition par mois reste assez homogène, avec toujours des mois d'hiver plus chers avec les soins véto (janvier-février) et le mois de septembre qui reste plus élevé avec le renouvellement de la licence et de la RCPE (+ le déménagement cette année).

mardi 17 décembre 2019

Faut-il arrêter de monter les chevaux ?






Je créé ce post suite au visionnage de la dernière conférence en ligne d’Hélène Roche "faut-il arrêter de monter les chevaux" où elle expose ses réflexions sur le sujet suite aux assisses de la filière équine:

Du coup j'ai regardé après le face à face entre un animaliste et une sociologue aux assises de la filière équine. J'aurais du regarder avant la conférence d’Hélène Roche parce qu'elle explique les arguments et contre-arguments avancés. J'ai été atterrée par les réactions et les questions de l'assemblée ainsi que par leur déformation des propos de l'animaliste (très courageux le type!). Je n'avais jamais ressentie à ce point le gouffre qui me sépare des professionnels de la filière équine!




J'ai été pas mal secouée par les questionnements d'Hélène Roche, moi qui me pensait bien au-dessus et bien plus avancée que les pro dans mon utilisation de ma jument, eh bah je peux balayer devant ma porte ! Notamment, la question qu'est-ce que le bien être du cheval de son point de vue en tant qu'espèce et en temps qu'individu. Aussi, celle du libre arbitre du cheval, en faisant des choix à sa place lui retire sa possibilité de choisir, donc une partie de sa liberté. Pas seulement quand on le monte ou quand on le manipule, mais surtout dans ses conditions d'hébergement (de détention comme disent les suisses qui me parait plus proche de la réalité) : que le cheval au quotidien puisse choisir de s'isoler ou d'avoir des interactions avec d'autres chevaux, de manger, de dormir, de s'abriter, etc... Là clairement Val est très loin du compte, on décide de tout à sa place, elle n'a aucune prise sur son quotidien.

jeudi 5 décembre 2019

Coût d'entretien de Val sur une année


Et le résultat est : 2 628,00 € en 2019

On arrive à la fin de l'année et j'ai réussi à tenir le tableau jusqu'au bout ! Je dirais même avec un certain plaisir, puisqu'il y a les graphiques qui évoluent en plus des bêtes tableurs.


Bon la facture est salée ! Val m'aura donc coûté 2 628.00€ en 2019.



Ceci dit, je trouve qu'on s'en sort bien, le gros gros poste de dépense, c'est la pension 2200€ sur les 2600€ totaux.
Après ce sont les soins, je n'ai pas différencié vaccins/vermifuges des frais véto purs, ça serait peut être à faire l'an prochain. Val a eu un peu de frais vétos (soins pour sa crise de bronchite asthmatiforme en début d'année). 
Sinon un peu de ré-investissement dans du matos de ma part (changement de selle 200€ entre la vente et la revente). Un peu de cours/compétition et de nourriture aussi, j'avais créé une ligne friandises, mais finalement j'ai fusionné avec la nourriture, comme je me servais des granulés de foin au clicker par exemple.



A noter, même si la DP de Val m'a fait faux bond depuis 3 mois, elle a tout de même payé plus de 700€ cette année, ce qui soulage vraiment le budget total !

Aussi faut que je rappelle la pareuse ! Marrant comme c'est très irrégulier ces interventions. Grosse pousse en mai-juin avec l'herbe (et suspicion de fourbure je crois) et rien depuis cet été.

mardi 2 avril 2019

combien vous coûte votre cheval ?



C'est bien connu : "le cheval ça coûte un fric monstre", ou encore "c'est un sport de riches",  on a tous et toutes entendu ce type de phrases quand on s'annonce cavalier.e ou encore pire, propriétaire d'un cheval !

Derrière les préjugés, il y a souvent une vérité, vous l'avez certainement remarqué vous-même, votre cheval vous coûte cher, mais savez-vous à quel point ?

La plupart des propriétaires de chevaux ne connaissent pas leur budget cheval par mois et par an. D'ailleurs, certains ne veulent pas savoir, de peur de connaitre le résultat ! Pourtant que vous le sachiez ou non, cet argent vous le dépenser. Sans porter de jugement dessus, ou vouloir les maîtriser, il est intéressant pour tout à chacun de connaitre ses dépenses pour pouvoir les ANTICIPER. En effet, il arrive dans la vie que l'on doivent faire face à des dépenses imprévues ou que l'on doivent emprunter de l'argent. Dans ces moments pouvoir mettre suffisamment de côté chaque mois pour ne pas mettre en péril votre passion et votre cheval est un atout majeur !

Après avoir bricoler un tableau excel pendant quelques années, je suis tombée sur le blog de cavalierre : comment bien gerer son budget cheval. Dans cet article que je vous invite à lire, vous trouver un tableau à enregistrer sur votre drive (ou cloud) donc accessible depuis votre smartphone, où vous pouvez entrer et visualiser vos dépenses en temps réel et avec des belles statistiques. Je l'utilise depuis le début de l'année et j'en suis très contente. 

tableau dépenses de Val 2019, modèle cavalierre

Je me permet de vous remettre le lien vers son modèle.

Je ne sais pas si je vais réussir à tenir mon tableau à jour jusqu'à la fin de l'année, mais je suis vraiment séduite par son fonctionnement. Pour le moment je m'en sers uniquement pour constater mes dépenses. Je ne pense pas pouvoir les diminuer, sauf à m'occuper de Val moi-même, mais là ça ne serait pas de l'argent, mais du temps que je perdrais, hors si je ne suis pas tellement riche du premier, je ne suis encore moins du second ! A ce sujet je vous renvoi à mon article : avoir son cheval chez soi entre rêve et réalité.

jeudi 14 mars 2019

mesures GPS des déplacements de Val au pré


Val et son beau GPS

Suite au stage d'observation de l'association pour le développement des sciences équines avec Hélène Roche de cet été, j'ai eu envie de connaitre un peu mieux la vie de Val. Pour cela j'ai pu emprunter un GPS gratuitement à l'association pour mesurer les déplacements de Val dans son pré.

J'ai reçue une petite boite avec le GPS, son logiciel d'exploitation et un collier pour attacher le GPS sur le cheval. Le but était de m'inspirer de la première étude menée par l'association pour voir si Val parcourait plus ou moins de kilomètres que la moyenne. Je dis m'inspirer car les membres de l'association ont suivit un protocole d'expérimentation qui permet ensuite d'exploiter les données recueillies.

Le principe le plus important est qu'il faut faire plusieurs mesures pour avoir une moyenne. Faire une mesure, une fois, ne garanti rien de ce que votre cheval parcours régulièrement dans son pré. Si ça trouve le jour de la mesure, il a fait très chaud, il a eu peur, le copain/copine est parti, etc...

J'ai eu la chance de pouvoir garder le GPS plusieurs mois donc de faire un comparatif été/hiver. Val est restée dans un pré de 8 700 m² où il y a un abri, l'eau et le râtelier proche de l'entrée. Au début elle était avec une autre jument, à partir de septembre, ils ont été quatre chevaux (Val comprise). En novembre elle était nourri au foin (avec accès à la totalité de la même prairie).

le pré de Val

Les résultats : 

Sans surprise Val est pile dans la moyenne trouvée par l'association : 9,1 km / 24h.
Aussi elle explore dans une journée la totalité de son espace.


tableau récap des mesures


mesure du 03.09.18 sur 22h, ils sont passés de 2 à 4 chevaux,
on voit que tout l'espace du pré est utilisé


Résultat plus étonnant, il n'y a pas de différence significative entre l'été où elle mange de l'herbe et l'hiver où elle est au foin. Pourtant l'hiver, je l'observe tout le temps au râtelier, alors que l'été elle peut être partout dans son pré, donc je pensais qu'elle marchait moins en hiver. En réalité, l'été, elle passe aussi beaucoup de temps sous l'abri, ce qui compense une partie du temps passé au râtelier. Aussi, l'hiver ses parcours sont plus rectilignes, elle "se rend" au fond du pré dire bonjour au voisin, ou à l'abreuvoir, etc...

Enfin, sauf gros coup de stress (se retrouver seule au pré) ou intérêt particulier (nourrissage), elle ne fait que du pas, il n'y a pas de vitesse qui dépasse les 4-5 km/h.

mesure 27.07.18 sur 22h, Val a passé du temps à faire des aller-retour à haute
vitesse (pointe à 42km/h) le long de la clôture Est, sa copine était à l'écurie,
elle seule au pré. On voit qu'elle a surtout brouté au milieu du pré

mesure 03.08.18 sur 37h, on voit que l'abri a été très utilisé
mesure du 08.11.18 sur 23h, Val a passé beaucoup de temps au râtelier/porte/eau,
quelques excursions au fond du pré quasi en lignes droites
le GPS attaché dans l'abri, il parcourt tout de même 800m en 25h "tout seul"

mercredi 11 juillet 2018

avoir son cheval chez soi entre rêve et réalité



Qui n'a jamais rêvé d'avoir son cheval sous ses fenêtres quand il réveille tous les matins ? Je pense qu'on peut dire sans trop s'avancer : tout propriétaire d'équidé !

Avant toute chose, je trouve qu'il est intéressant de se demander pourquoi vivre avec son cheval est devenu un objectif rêvé pour beaucoup ? 
Il est possible que l'évolution du cheval en animal de compagnie est poussé beaucoup de propriétaires à vouloir vivre avec eux. Nombre d'entre eux rêvant de s'aménager un petit coin de paradis commun pour eux et leurs chevaux. 
L'on peut aussi vouloir vivre quotidiennement sa passion. Au-delà de simplement monter à cheval, vivre avec son cheval change totalement le rapport que nous pouvons entretenir avec lui. On devient ainsi la personne qui lui donne à manger, le sort, le rentre, le couvre, le bichonne, bref la personne qui gère sa vie et donc lui devient indispensable.  

Aussi il est vrai qu'il est extrêmement tentant de vouloir donner à son cheval le mode de vie que l'on pense être le mieux pour lui. Et comme bien souvent les pensions ne sont qu'une approximation plus ou moins éloignées de ce que l'on voudrait  pour son cheval, l'avoir à la maison permet de s'approcher au plus près des conditions de vie que l'on pense idéales pour lui. Il existe autant d'idéaux que de binômes propriétaire/cheval je pense, donc le seul moyen de les atteindre est de les mettre en application chez soi.

la maison de rêve avec poney sous les fenêtres

Mais au-delà de ces objectifs plus que louables, la réalité est souvent tout autre, et les sacrifices comme les concessions à faire pour accueillir ses chevaux chez soi nombreux. Lors ma traversée de l'été dernier où j'ai vécue H 24 avec Val pendant 2 mois, j'ai eu non seulement le temps et matière à réfléchir sur la question, mais aussi eu la chance de rencontrer et dormir chez de nombreuses personnes ayant des chevaux chez eux.

un des bivouacs de l'été dernier

1- La localisation


La campagne est aujourd'hui loin d'être l'espace accueillant qu'elle est dans l'imaginaire collectif. C'est en effet devenu très largement un espace régi par une logique de productivité. L'été dernier j'ai vue bon nombre de propriétaires de petits coins de paradis en conflit avec les agriculteurs locaux. L'utilisation massive de produits phytosanitaires n'est pas une vue de l'esprit, mais une réalité extrêmement concrète pour les habitants des campagnes voyant les champs autour de chez eux régulièrement et abondement traités, avec toutes les conséquences pour la santé des milieux et des habitants que cela peut entraîner. Le pire étant atteint dans les polycultures et les arbres fruitiers, en particulier les vignes. Les agriculteurs, de leur côté, voyant d'un très mauvais œil la colonisation de leur espace de production par des néo-ruraux citadins et râleurs.  



Evidemment il existe quelques rares campagnes relativement épargnées par les cultures industrielles. Ce sont des coins très boisés, trop vallonnés ou dont les terres sont trop pauvres pour accueillir des cultures intensives et où l'on retrouve une majorité de pâtures. J'ai vue de tel paysages aux alentours de Cluny, les montagnes lyonnaises, dans le puy de dôme, le cantal et la Dordogne (ce qui colle plutôt avec la carte). 

ah la beauté des campagnes françaises !

2- L'augmentation des temps de trajet

En général pour trouver un petit coin de paradis suffisamment grand, à moins d'être millionnaire, il faut s'éloigner des centres urbains et bassins d'emplois. On peut partir sur des temps de trajet d'environ 20 min en voiture et jusqu'à bien plus d'une heure pour les grandes villes. Conséquence directe, l'augmentation des temps de trajet (les trajets quotidiens étant les plus soumis aux bouchons). En plus de la dépendance considérable à votre voiture et l’augmentation des frais annexes (réparation, carburant, etc...) qui vont s'y ajouter. Or dans le même temps, l'installation de toute votre petite famille humaine et équine va aussi vous demander plus de temps au quotidien. Vous vous retrouvez donc dans une situation où vous avez moins de temps disponible et plus de tâches quotidiennes à effectuer. Il va donc être très difficile de faire le "strict minimum" pour tout le monde, et encore plus de se dégager du temps libre pour simplement monter au travailler votre cheval. Surtout qu'encore une fois, faute de moyens, vous ne disposerez pas d'outils agricoles, notamment motorisés (tracteurs, manitout, etc...) adaptés. 

éloignement = augmentation temps de trajets

3- La réduction des espaces de vie et de contacts sociaux des chevaux 

Aussi, la réalité du marché immobilier va certainement vous amener à une seconde concession inévitable : réduire l'espace des chevaux. Vous pourrez difficilement avoir les 3 hectares rêvés, à moins d'habiter dans le Larzac. Bon nombre de chevaux chez des particuliers se retrouvent donc à vivre dans des prés ou des paddocks trop petits dans des conditions loin d'être idéales. A vous les joies du sur-pâturage et de la boue faute d'argent pour agrandir et stabiliser vos terrains. 


la joie des prés et paddocks pleins de boue

Vous allez aussi certainement vous retrouver avec une corvée et une dépense supplémentaire et pas des moindre : celle du foin. Là si vous ne disposez pas d'un grand râtelier et d'une machine pour apporter directement des ballots de plusieurs tonnes, vous allez certainement vous retrouver avec la gestion, le stockage et la distribution de petits ballots à caler dans votre planning quotidien. 


râtelier fabrication maison

Autre conséquence indirecte, la limitation du nombre d'équidés. Prosaïquement vous allez certainement finir par réduire à deux spécimens vos équidés faute de temps et d'espace. De là, le nombre d'interactions sociales possibles de votre équidé risque de drastiquement diminuer. En plus des complications voir des limitations de l'utilisation de vos chevaux liées à la gestion de leur séparation. 


gestion du stress de la séparation
4- le coût

Val a quasiment toujours été en pension pré avec un coût entre 180 et 200€ par mois. Ce prix comprend les installations et leur entretien (prés, clôtures, abris, carrière, zone pansage/douche, sellerie, club house), le foin, l'orge, l'eau et autres consommables du cheval, et enfin un certain nombre de services (surveillance à minima, soins si blessure, sortie du cheval de son pré si véto, maréchal ferrant, etc...). Il existe aussi des frais "cachés" comme l'assurance, la location et l'entretient des prés (azotage, hersage, fauchage, etc...). Ce dernier point est particulièrement intéressant pour les propriétaires qui sont dégagés de toute responsabilité tant que le cheval n'est pas sous leur surveillance. Nous avons par exemple été remboursés des frais vétérinaires lors de la grosse blessure de Val (certainement sur un abri de la pension). 

Quant on a ses chevaux chez soi, à combien nous reviennent-ils ? Il y a quelques années maintenant, nous avons eu l'opportunité de louer un pré avec quelques installations (abris-eau-sellerie) avec une autre propriétaire. Nous avons calculé qu'avec l'investissement des clôtures étalées sur 2 ans et l'achat du foin pour tout l'hivers, sans même parler des frais annexes ni compter notre temps de travail (distribution foin, soins, vérification des clôtures), il nous restait à peine 40€/mois pour la location des terrains si nous ne voulions pas dépasser les 200€/mois au global sur toute l'année. Donc pour être à minima aussi concurrentiel niveau prix qu'une pension pré, il ne faut pas dépasser les 500€/an de location ou d'achat. Et à prix égal cela ne compte pas tout le temps supplémentaire, les assurances et les garanties qui sont comprises dans une pension. Dans notre cas, nous étions très loin du compte, nous avons abandonné le projet très rapidement.


Conclusion

Si vous avec la chance de travailler chez vous, et si vous pouvez habiter dans un coin épargné par l'agriculture intensive, alors vous faites certainement parti de ces chanceux qui vivent dans une carte postale et pour qui avoir ses chevaux chez eux est un grand bonheur, voir un gain de temps et d'argent. 
A l'inverse, si vous ne réunissez pas ces conditions, je vous conseille de vous penchez à deux fois sur la carte postale pour ne pas voir votre rêve se transformer en cauchemar boueux pour vous comme pour votre cheval. Il est en effet fort probable qu'avoir votre cheval chez vous entraîne une perte en temps, argent et santé pour vous et pour votre cheval une perte en espace, confort et interactions sociale. Les deux ont donc objectivement peu à y gagner comparé à une pension, même si cette dernière est loin d'être idéale.

Cependant, si vous restez un éternel insatisfait des pensions et que vous voulez absolument gérer le quotidien de votre équidé, des solutions alternatives existent. Les pensions collaboratives notamment. Le principe étant que plusieurs propriétaires d'équidés partageant une même vision du mode de vie idéal de leurs chevaux mettent leurs moyens en commun. Elles s'organisent ensuite pour louer ou acheter des terrains, puis pour se partager le coût et les travaux d'installation et d'entretien. Ce système demande un investissement, notamment en temps, bien plus important qu'une pension classique, cependant les avantages sont nombreux pour les humains et les chevaux. 
Un exemple ici : http://alter-equus.org/temoignage-la-pension-collaborative/


pension collaborative type paddock sur pistes en Isère 

mardi 26 juin 2018

l'équitation est-elle possible sans travail ?



Je voulais écrire cet article en réaction au blog d'un cheval l'autre de Pauline Barbier. Cette dernière cherche à concilier respect du cheval et pratique sportive de haut niveau. Je dévore régulièrement ses articles qui ne tombent pas dans un extrémisme ou l'autre mais cherchent au contraire une approche mesurée à la jonction de plusieurs pratiques, parfois contradictoires. Exercice d'équilibriste, oh combien difficile, dont elle se sort toujours grâce à un questionnement approfondi des sujets traités. Bref, je vous recommande !

Cependant l'approche de Pauline, a remis sur le tapis une problématique inverse à la sienne qui me taraude énormément depuis que je suis propriétaire de ma jument : l'équitation est-elle possible sans travail du cheval ?

Comme certainement pas mal de cavaliers-propriétaires, j'ai dû attendre d'avoir mon premier salaire pour pouvoir acheter et surtout assumer financièrement mon cheval. C'est donc dans un contexte de jeune active que j'ai pu assouvir ma passion pleinement. Cela a énormément influencé mon rapport à ma jument. Comme je travaillais toute la journée, elle est très vite devenue mon bol d'air, le moment où je m'aérais l'esprit, loin de toute forme d'obligations et de contraintes. "Ma jument, c'est mon loisir, pas du travail" est vite devenu mon crédo. J'ai donc très rapidement perdue toute volonté de travailler ma jument, et avec mes rares objectifs sportifs... Je parle bien ici de travail, à côté de ça, j'ai toujours éduqué ma jument. 

Pourtant, j'ai toujours accepté l'argument de travailler son cheval physiquement pour qu'il puisse porter convenablement son cavalier, activité en soit très éloignée de ce pour quoi il a été conçu. Cependant en plus de mes difficultés à concilier obligations de travail et de plaisir, mon entourage équestre (pourtant minimaliste et changeant) m'a mis une pression énorme pour que je travaille ma jument.  Et ce de nous débuts et jusqu'à sa blessure grave l'année de ses 6 ans. C'était vraiment une obsession : gérants, propriétaires-cavaliers, moniteurs, coachs ou autres professionnels (pareurs, MF, ostéo, etc...) n'avaient que le mot "travail" à la bouche ! J'ai extrêmement mal réagit face à cette injonction et Val qui était en pleine croissance aussi. Surtout que de voir cavaliers et chevaux sous-entraînés suer et se battre des heures entières dans une carrière poussiéreuse était loin de me faire rêver. Rétrospectivement je pense que le monde du cheval, y compris de loisir, est encore majoritairement dans une logique de "cheval de travail". Ce dernier devant payer par son labeur sa nourriture et son logement. Le fameux : "il doit travailler, je lui paye sa pension!". De notre côté, les poussées de croissance de Val et les sols trop profonds qui lui faisaient engorger les tendons nous ont définitivement poussé hors des carrières et de toute forme de travail suivi pendant plusieurs mois. Sa blessure venant mettre un coup d'arrêt total à toute activité. Cet épisode m'a aussi étonnamment apporté un grand soulagement, c'est à ce moment où j'ai réellement réalisé la pression que tout propriétaire de cheval montable porte.

voyage de l'été dernier

Avec sa rémission, je me suis remise à monter en gardant uniquement l'objectif de me faire plaisir, chaque moment grappillé étant déjà en soi une victoire. Petit à petit, je me suis rendue compte qu'elle avait recouvré ses capacités physiques, et nous avons ainsi pu effectuer notre voyage de l'an dernier. Avec son physique sont aussi revenues les questionnements liés à son travail régulier. En particulier l’automne et l'hivers dernier, en pleine possession de ses moyens après le voyage et très limitée par ses conditions de vie hivernales en petit paddock, Val est devenue difficile à gérer, mal dans son corps et mal dans sa tête. Je l'ai alors montée durant le mois de février dernier plus régulièrement et intensément, ce qui a radicalement changé son comportement, j'ai retrouvé ma petite jument. C'est à ce moment que j'ai (enfin) réalisée que Val est, qu'on le veuille ou non, une jument de sport, elle a donc besoin d'un réel entrainement régulier et sportif pour être bien physiquement et psychologiquement. Cependant, nous avons perdu en relationnel, Val n'aime pas travailler non plus, ce qui m'a longtemps conforté dans mon idée "d'équitation plaisir" pour toutes les deux. Quand je la sors uniquement pour la laisser brouter, travailler des exercices majoritairement statiques, etc... elle arrive au trot au pré en hennissant, par contre le lendemain d'une séance de travail monté en carrière, d'une balade plus poussée, ou pire le matin d'une compétition, elle se barre quand je viens la chercher...  

Val, cette sportive qui s'ignore

J'ai donc dû remettre en question l'équilibre que j'avais trouvé dans le fait de la monter peu et d'axer énormément son entrainement sur de grandes balades au pas pour lui entretenir une musculature/cardio correcte tout en gardant un côté agréable pour moi sans me prendre la tête sur la mise en main ou un programme d'exercices cohérents et progressifs. Val a une condition physique correcte, mais ce mode d'entrainement est très dépendant de ses conditions de vie et ne fonctionne plus dès qu'elle ne peut plus se dépenser autant qu'il le faudrait au pré (notamment l'hivers). 

Aussi elle garde le niveau de dressage d'un cheval de 5 ans et ne progresse absolument pas sur pas mal de sujets (départs au galop notamment). Cela ne nous limite pas au quotidien, mais je me suis retrouvée confrontée cette année avec les quelques compétitions que nous avons faites aux limites de notre travail. Notamment le petit galop. C'est un manque qui nous a énormément pénalisé sur les PTV des TREC auxquels nous avons participé. Surtout que le nouveau règlement creuse les écarts de points sur les difficultés faites au trot et non au galop. Mais aussi en endurance, Val galope beaucoup trop vite (plus de 20km/h) et "se crâme" au lieu de se détendre en restant aux alentours de 16-18km/h. 

Avec le temps, j'ai donc admis et constaté qu'il est nécessaire de travailler son cheval pour pratiquer sereinement toute forme d'équitation, même de loisir. Mais ma devise "ma jument, c'est mon loisir, pas mon travail" reste plus que jamais vraie. Ne prenant pas ou peu de plaisir dans le fait de travailler ma jument, je suis donc dans une forme d'impasse : je reste tout autant incapable de suivre un entrainement sérieux que de renoncer totalement à monter sur ma jument. Au-delà de la culpabilité, je dois admettre mes propres limites. Il est possible que le travail du cheval intéresse, voir passionne, quelqu'un d'autre. 

mardi 14 mars 2017

en finir avec le frisson destrier


photo issue du site : lesbaladins.net

Pourtant Roi de toute reconstitution historique, spectacle pseudo-médiéval ou film d'époque, le frison n'en est pas moins un imposteur ! Eh oui, il n'a jamais été le destrier des chevaliers médiévaux ! S'il est vrai que la race frisonne était déjà appréciée au Moyen-Age, elle était loin de ressembler aux frissons d'aujourd'hui, ces derniers ayant beaucoup évolués au cours du temps avec l'apports de sangs étrangers, andalous notamment durant l'occupation espagnole des pays-bas aux 16° et 17° siècles, mais aussi de trotteurs au 19° siècle.

Mais alors pourquoi, et ce même auprès des amateurs du genre qui passent leurs weekends en armures, le frison est-il devenu dans l'imaginaire collectif le cheval des chevaliers ?

"La Belle Dame Sans Merci" - Sir Frank Dicksee
peinture préraphaélite, typique du romantisme médiéval du 19°

La raison principale de cette confusion tenace nous vient tout droit du 19° siècle. Les historiens de cette période sont persuadés qu'il faut des chevaux lourds et grands pour supporter le poids des chevaliers et de leurs lourdes armures.
Une autre raison vient du fait que les amateurs de reconstitutions historiques tout comme les dresseurs de chevaux de spectacles et de cinéma apprécient énormément le Frison pour sa prestance et sa photogénie. Tout comme les chevaux espagnols ces derniers sont donc largement utilisés dans le monde du spectacle, peu importe les époques demandées.

Mais revenons au Moyen-Age, c'est en effet l'âge d'or de ces protections corporelles. D'abord cotte de maille et casque au 11° siècle, elles se sont rependues et complexifiées tout au long de cette période, si bien qu'au 15° siècle, elles recouvrent l'intégralité des corps des chevaliers et chevaux de métal. Elles sont rendues obsolètes, tout comme les châteaux forts à tours et échauguettes, par les armes à feux dont l’essor est permis par l'évolution de la métallurgie dès la fin du Moyen-Age pour les canons. Les armes à feux individuelles mettront plus de temps à développer leur fiabilité, les arbalètes et arcs continuent d'être utilisés ainsi que les armures complètes au début de la Renaissance.


illustration Larousse


Cependant et contrairement à ce que l'on a longtemps cru en étudiant des amures d’apparat, le Harnois complet (l'amure de plaques) était moins lourde et encombrante que les cottes et hauberts (robes) en mailles. Elle pesait environ 20 kg ce qui correspond au poids moyen d'un équipement militaire de toutes les époques et régions (c'est aussi le poids d'une combinaison complète de pompiers par exemple) et elle permettait de courir, lutter, se battre au sol, remonter à cheval rapidement. Finalement le plus difficile à porter restait le heaume qui restreignait le champs de vision et la respiration du chevalier. Le cheval quand à lui était aussi caparaçonné, il portait une barde qui avoisinaient les 30 kg et étaient plus souvent en cuir bouillit qu'en acier (là encore on garde en tête les armures d'apparat et non de guerre).

On voit donc qu'il n'était pas nécessaire d'avoir un cheval extrêmement grand et porteur pour supporter le chevalier et son amure complète. Les chevaux pouvant supporter de 20 à 30% de leur poids, si on ajoute le poids de l'équipement à celui des cavaliers de l'époque, plus petits en moyenne que les population actuelles européennes, on arrive à un cheval ayant un poids entre 550 et 600 kg.

photographe : David Ball
Sir Quint of Knights of Avalon on Noble a Clydesdale Draft Horse

De plus, avoir un cheval très lourd, grand et peu maniable semble être très désavantageux sur un champs de bataille où les qualités principales recherchées pour un cheval sont sa rapidité et sa maniabilité.
Mais alors quels chevaux se cachent sous les caparaçons ?

Attribué à Barthélemy d'Eyck vers 1460
Icy après s'ensuit comant les deux ductz de Bretaigne et de Bourbon
sont à cheval armoyez et timbrez ainsi qui seront au Tournoy.

Au Moyen-Age il n'y avait pas de registres d'élevage ou de races bien déterminées, les chevaux étaient désignés par leurs fonctions. Les étalons les plus beaux, grands et puissants devenaient des destriers, c'est-à-dire des chevaux de guerre et de tournois destinés aux nobles les plus riches. Ensuite venait les palefrois et haquenées, chevaux de la noblesse pour se déplacer et aller à la chasse. Les chevaux de moindre qualité appelés roussins étaient utilisés par les nobles de seconde zone. 

Les dernières recherches et fouilles archéologiques sur les caparaçons et autres pièces d'armures ainsi que les reconstitutions de tournois montrent que les chevaux utilisés pour la guerre mesuraient environ 1,50 m et avaient la morphologie de chevaux de selle plus que de trait. Au Museum of London, les chercheurs en analysant des œuvres littéraires, picturales, et des sources archéologiques, sont arrivés aux mêmes conclusions : le cheval militaire médiéval anglais mesurait entre 1,40 m à 1,50 m et se distinguait d’un cheval de selle par sa force et ses compétences plutôt que par sa taille. 

illustration plus proche de la réalité du cheval médiéval

Si l'on sait que les chevaux des Frises comme les genets d’Espagne, les chevaux navarins (aujourd’hui disparus) étaient très prisés, tout comme l'Irish Hobby a été utilisé durant les guerres d'indépendance de l'Ecosse en Angleterre, il ne reste pas en Europe continentale de race de chevaux restée intacte depuis le 14° siècle.

Seul le cheval islandais est parvenu jusqu'à nous sans aucun croisement depuis l'an 982. Bien qu'en moyenne un peu trop petit et léger pour correspondre totalement aux critères de l'époque, c'est aussi une des rares races équine qui ait conservée toutes les allures propres aux destriers et palefrois médiévaux, notamment l'amble.

L'islandais destrier ? Bien plus réaliste et non moins classe !

- https://fr.wikipedia.org/wiki/Cheval_au_Moyen_%C3%82ge#cite_note-Hippia-45
- (en) John Clark, The Medieval Horse and its Equipment: c.1150-c.1450, The Boydell Press, 2004, 2e éd. (ISBN 1-8438-3097-3)
- (en) Christopher Gravett, English Medieval Knight 1300-1400, Oxford, Osprey Publishing, 2002 (ISBN 1-84176-145-1)
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Islandais_(cheval)
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Armure_(%C3%A9quipement)
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Frison_(cheval)#cite_note-Chepo36-1

mercredi 8 février 2017

le Genet cheval mythique

Adam Frans van der Meulen, Louis XIV au siège de Besançon, 1674

Le Genet d'Espagne a été pendant des siècles le cheval de la noblesse et l'aristocratie européenne. Du moyen âge jusqu'au début du 19°siècle il écrase toute concurrence, c'est le cheval de guerre par excellence : plus rapide, plus agile, plus maniable, plus robuste, plus endurant, plus facile à dresser que les autres chevaux ! J'avais esquissé le sujet dans l'article sur le cheval dans l'histoire de l'art, mais il mérite un espace à lui seul car il retrace une partie de l'histoire européenne du moyen âge jusqu'aux temps pré-modernes.

Caractéristiques : 

C'est un cheval petit (pour nos critères actuels, au moyen-âge il était considéré comme un grand cheval), compact et musclé, doté d'une forte encolure et arrière main et d'une petite tête. Il a un caractère calme et docile, et se dresse facilement. En plus de ses prédispositions naturelles au rassemblé du fait de sa morphologie, il possède des allures supplémentaires indispensables à l'époque pour un destrier notamment l'amble. Allure aussi rapide et économique pour le cheval que le trot, mais plus confortable pour le cavalier qui permet de rester de longues heures en selle.

Le Chevalier, la Mort et le Diable
gravure par Albrecht Dürer, 1513


Origines :

Il faut remonter aux conquêtes musulmanes qui débutent en 711 en Espagne pour voir débarquer les cavaliers arabes mais surtout berbères ainsi que leurs chevaux récemment enrôlés lors de la conquête du Maghreb. 
Bataille de Guadalete - Salvadoir Martinez Cubells (1845-1914)

Les historiens s'accordent sur le fait que c'est grâce à leur cavalerie qu'ils ont remportés d'aussi nombreuses et rapides victoires jusqu'à Poitiers. D'une part leurs chevaux étaient plus rapides et plus maniables, mais pour mieux encaisser les arrêts brusques et les mouvements rapides, les cavaliers arabes montaient avec des étriers très courts, monte que les espagnols ont appelée "à la jineta".  Elle était très différente de celle des européens d'alors qui chaussaient leurs étriers extrêmement longs et montaient jambes tendues et en avant. C'est la première hypothèse étymologique du nom "genet".

La deuxième étymologie, que j'affectionne plus particulièrement, vient du nom des tribus berbères qui ont combattues sur le vieux continent avec leurs chevaux : "les zénètes". La prononciation du "z" ayant progressivement tourné en "g" pour donner "genet". On parle en effet, de cavaliers "arabes", la plupart des peintures illustrant cet épisode ayant été faites aux 19° siècle où l'orientaliste était très en vogue, elles représentent ces fiers conquérents sur de magnifiques pur-sangs arabes. 

représentation de Tariq Ibn Ziyad
sur un magnifique étalon pur-sang arabe

Mais en réalité, les cavaliers arabes ont envahis la Lybie en 647 et ont continué leur invasion vers l'Ouest avec environ 400 chevaux arabes. Là ils rencontrèrent une très forte résistance des tribus Zénètes et Sanhajas. Les Zénètes en particuliers étaient des nomades et d'excellents cavaliers, ils élevaient dans les montagnes de l'Atlas leurs propres chevaux très différents des purs sangs arabes : les barbes. Plus de soixantes ans plus tard, les musulmans arrivent à vaincres ces tribus, les convertissent à l'Islam et en 711, Tariq Ibn Ziyad fait traverser le détroit de Gilbratar à 7000 cavaliers et chevaux zénètes et écrase l' armée de Rodéric durant la bataille de Guadalete . Un an plus tard, Moussa ben Nuçair amène 15 000 chevaux zénètes supplémentaires à Algésiras, ce qui lui permet de conquérir l’Espagne jusqu’aux Pyrénées. Même s'il est certain que les chevaux arabes se sont croisés avec ceux des berbères, "les chevaux arabes" qui ont débarqués en europe étaient donc très majoritairement des chevaux barbes.

cheval barbe actuel relativement proche du modèle du Genet

A partir de la moitiée du 8° siècle, la reconquista permet aux espagnols de récupérer les chevaux laissés sur place par les mulsulmans. La réputation des cavaliers arabes et de leurs chevaux ayant certainement marqué l'europe entière, les espagnols gardent très jalousement ces chevaux et commencent leur élevage en effectuant très peu de croisements avec les races locales. En effet, une étude réalisée en 2005 sur l'ADN mitochondrial montrent que le Sorraia (race locale et très ancienne de chevaux espagnol) appartient à un cluster de gènes largement séparé de la plupart des races ibériques (voir références). A l'inverse, ces recherches montrent que l'Andalou de la péninsule ibérique (aussi bien PRE que Lusitanien) et le Barbe sont très proches. 

Fauconnier partant pour la chasse, BNF,
arrière main puissante, port de tête altier, allures relevés : tout y est !
NB : les cavaliers européens n'ont visiblement pas adopé la monte arabe


Moyen-Age :

A partir de la Reconquista, le Genet très réputé dans toute l'europe est élevé et utilisé principalement comme destrier, c'est-à-dire comme cheval de guerre. Sa rareté lui donne une très grande valeur, il n'est utilisé que par la noblesse et son histoire est melée à celle de la chevalerie. Il n'y a pas d'écrits sur les élevages ou les races de chevaux utilisées à cette époque, au Moyen-Age les chevaux sont désignés selon leur utilisation. Le Genet en temps que destrier appartennait donc à la catégorie la plus prestigieuse de chevaux de l'époque. Quand les chevaliers ne font pas la guerre, ils tournoient ou ils vont à la chasse, discipline où le Genet excelle là encore du fait de son endurance et de sa robustesse.

Bataille de Najera, chroniques de Jean Froissart (15°s)

scène de tournoi, remarquez la petite taille des chevaux 

Du fait de son calme et de sa grande valeur, il est aussi très prisé comme palefroi, c'est-à-dire cheval de marche, utilisé pour se déplacer autant par les chevaliers que par les dames. Va sans dire que savoir ambler n'était pas non plus une option pour un palefroi qui se respecte, mais bien un équipement de série. C'était un peu la voiture de luxe de l'époque.

Les très riches heures du Duc de Berry, Août
Les frères Limbourg,1412-16

Renaissance, l'apogée :

Les deux utilisations principales du Genet n'évoluent que très peu tout au long du moyen âge et de la Renaissance, fondamentalement la façon de faire la guerre et d'utiliser la cavalerie ainsi que les modes de déplacements de l'aristocratie restent les mêmes. Le Genet reste donc réputé et sa morphologie n'évolue quasiment pas au cours de cette période. On peut noter qu'en 1571 l'élevage se fait plus structuré, Philippe II d'Espagne créé les écuries royales de Cordoue en Andalousie, le standard de la race commence à se mettre en place et le Genet commence à être appelé "l'Andalou". 
Le Genet profite énormément de l’expansion de la famille des Habsbourgs justement qui règnent sur l'Espagne de 1504 à 1700 et les importent en masse dans les pays germanophones (Pays bas, Allemagne, Autriche, etc...) pour améliorer les races locales. Ce qui donnera naissance notamment au Lipizzan et au Frison.
Aussi les artistes font des progrès en réalisme, ce qui nous donne des représentations de plus en plus précises.

François 1er à cheval, par François Douet (16°s)
François 1er était immense (1m98), son armure aux Lions
exposée au Musée de l'Armée aux Invalides vaut vraiment le détour
(y'a aussi l'étalon arabe de Napoléon empaillé, tout petit lui)

Le 17° siècle à l'inverse est marqué par une grande évolution dans l'équitation dans toute l'Europe. C'est à cette époque, sous le règne de Louis XIII en particulier que née l'équitation Française de tradition avec Antoine de Pluvinel alors écuyer du Roi qui fonde la première Académie d'Equitation Française. Ce mouvement venu d'Italie, institutionnalise et codifie l'équitation qui devient un Art à part entier. On ne monte plus seulement dans le but de dresser et de bien tenir à cheval durant la guerre, mais simplement pour la beauté et la perfection de sa pratique. Les nobles ne vont plus seulement à la chasse, mais aussi au manège, les tournois deviennent des carrousels. 

planche gravée par Crispin de Passe en 1625
issue du livre d’Antoine de Pluvinel de la Baume

tournois au carrousel du Louvres,
Louis XIV continue et magnifie l'héritage équestre de son père

Le Genet s'adapte bien à ce tournant dans l'équitation, ses capacités aux rassemblé et sa beauté ne sont plus à prouver. Il fait donc ses preuves en haute école et il reste la race la plus appréciée de la noblesse et de l'aristocratie européenne. Grâce aux échanges et cadeaux entre les familles royales, il gagne toutes les cours d’Europe, il atteint des sommets de popularité à la cours de Grande Bretagne, et écrase ses concurrents : le cheval Napolitain (lui aussi issu des chevaux "mauresques" et très prisé au 16° siècle) ou encore le Barbe venu directement d'Afrique. 

Louis XIV et la Cour chassant en vue du château de Meudon,
 (détail) par François Adam Van der Meulen, 17° s.
Isabelle de Bourbon - Diego Rodriguez de Silva y Velázquez, 17°s
l'étalon est visiblement sabino extrême

18° et 19° siècles, le déclin :

Au début du 18° siècle l'élevage en Espagne est à son apogée. Cependant les croisements effectués aux cours des siècles précédents qui ont beaucoup profités aux races de chevaux européennes et germaniques en particulier, sont beaucoup moins bénéfiques au Genet qui s'alourdit et perd en qualité même dans son berceau natal. Au 17° siècle la lignée de Cordoue réinjecte même du sang Barbe avec le "cheval de Guzman" probablement berbère pour redonner son brillant au Genet.

Le Genet souffre surtout d'un manque de popularité auprès de la noblesse où il nettement concurrencé par le Pur Sang. La mode est à l'orientalisme, à la légère et la vitesse, il est trouvé trop robuste et reste attaché à la chevalerie maintenant obsolète. Se sont maintenant les chevaux élancés qui sont en vogue, les purs sang arabes s'arrachent à des prix d'or. Notamment en Angleterre où l'engouement pour les courses et les chevaux arabes est sans précédent et va donner naissance au Pur Sang Anglais spécifiquement taillé pour la vitesse. 

Il reste des bastions de résistance et en haute école les qualités du Genet sont toujours louées par François Robichon de La Guérinière, écuyer sous Louis XV, et Buffon notamment.


M de Nestier Écuyer Ordinaire de la Grande Écurie du Roy
 peinture de Delarue (1751)

Le Genet souffre aussi de sa propre concurrence, en 1789 le premier stud-book du Pur Race Espagnol est créé. Petit à petit le glissement du Genet au cheval Espagnol se fait dans les écrits et dans les mœurs. 

Au début du 19° siècle l'Empire Napoléonien saigne l'élevage espagnol durant plusieurs décennies. Les meilleurs spécimens sont volés ou réquisitionnés de force. En 1832 une épidémie affecte sérieusement la population équine espagnole. L’Espagne restera très instable politiquement jusqu'au milieu du 20° siècle et le Genet disparaîtra tout à fait durant cette période trouble. Seule quelques îlots de résistance survivent à ces deux siècles de disette : quelques monastères chartreux d'Andalousie, dont la chartreuse de Jerez de la Frontera, et le monastère de Cartuja ainsi que les écuries royales continuent l'élevage et maintiennent le patrimoine génétique de la race.

Héritage :

Comment un cheval de cette valeur qui a autant marqué l'Europe et l'équitation a t-il pu disparaître ? On l'a vu la réalité est plus complexe, le Genet est toujours par ses descendants un cheval largement renommé. Il a directement donné naissance à toutes les races ibériques connues qui retrouvent depuis quelques décennies un fort engouement, ainsi qu'au Lippizan et au Frison. Il a aussi largement influencé l'élevage européen plus largement, même si son héritage est moins visible dans les races de chevaux à sang chaud notamment allemandes depuis le passage des races orientales.

Plus étonnamment on retrouve des descendants directs du Genet conservés quasiment dans les caractéristiques de leur apogée sur le continent Américain. En effet, la colonisation espagnole de l'Amérique qui débute au 16° siècle et atteint son extension maximale au 18° siècle, a été consommatrice d'un nombre incalculable de chevaux. De nombreux genêts ont fait parti des envois de chevaux vers les Amériques aux 17° et 18° siècle. Notamment à cette dernière période tous les chevaux portant des robes étranges. En effet les robes tachetées qui faisaient la diversité et la beauté de ses chevaux et qui sont représentées jusqu'au 18° siècle même sous la selle des plus puissants, ne sont plus du tout à la mode. La Noblesse s'attache en effet à n'avoir que des chevaux de robes unies et de préférence blanche. La valeur symbolique du cheval blanc est extrêmement forte en Europe et ce depuis le Moyen Age. Les éleveurs espagnols bazardent donc tous les chevaux de couleurs dans des bateaux en partance pour les Amériques. C'est ainsi que les Genets vont peuplé tout un continent ! La majorité des races de chevaux du continent américain étant issues de ces premiers débarquements. Les robes colorées et de leur patrimoine génétique a ainsi été sauvegardé.

Dans certains pays sud-américaines le Genet est même resté quasiment identique aux chevaux des conquistadors, le Paso Fino (Colombie et Porto Rico principalement) et le Paso Péruvien notamment sont des races sélectionnées depuis des siècles pour conserver non seulement les caractéristiques morphologiques des conquistadors, mais aussi les allures des destriers et palefrois de l'époque ! Ils ont ainsi des allures supplémentaires innées et dérivés de l'amble : le paso fino, le paso corto, le paso largo et le paso llano pour le Paso Péruvien.

étalon Paso Fino

Paso Fino Sabino extrême au nez busqué

Paso Péruvien au paso llano (sorte d'amble à 4 temps)

De la même façon on retrouve le patrimoine génétique quasiment intacte du Genet d'Espagne et de ses ascendants Barbes dans les races de chevaux américains qui n'ont subi aucun croisements depuis le 18°siècle, c'est le cas de certains mustangs. Un partie des chevaux des conquistador livrés à eux mêmes sont retournés à l'état sauvage, ils sont remontés de l'Amérique du Sud vers l'Amérique du Nord. Là ils ont trouvé de grandes plaines seulement peuplées d’amérindiens, soit des conditions idéales pour se reproduire. Avec la colonisation de l'Amérique du Nord au 19° siècle, ils ont vu leurs territoires fondre comme neige au soleil. Certains groupes se sont retrouvés isolés dans les montagnes Rocheuses avec l'arrivée des colons Américains. Depuis des recherches génétiques récentes (voir ref) ont montré que certains de ces groupes de mustangs étaient les descendants directs des chevaux Espagnols, ils sont d'ailleurs appelés les "Spanish Mustangs". Leurs caractéristiques physiques sont moins marquées que sur les races sélectionnées par l'homme, mais la nature a conservé l'extraordinaire variété génétique et de robes de leurs ascendants (grullo (dun), bucksin (isabelle), palomino, cremello, roan, perlina, sabino, tobiano, overo, tovero, rubicano, capé, snow flake, etc...).

spanish mustang, palomino overo (?)

A noter que si l'Armée Américaine ne les avait pas massacré jusqu'au dernier, on aurait pu savoir si les chevaux élevés par la tribu amérindienne des Nez-percés sur les bords de la rivière Palouse, c'est-à-dire les "appaloosa" étaient eux aussi des descendants directs des Genets. La race actuelle appelée Appaloosa étant issue de quarter horses sélectionnés pour leurs couleurs, elle n'a pas grand chose à voir avec l'originale tant en terme de morphologie que de génétique. Les chevaux des Nez-percés étaient sélectionnés pour être remarquablement endurants et pouvaient galoper des journées entières sans arrêts. Semant aisément tout poursuivant, ils étaient de redoutables armes de guerre, ce qui leur a valu d'être décimé.

Nez-percé sur son cheval, photographié par
Curtis, Edward S en 1910

Références :

https://academic.oup.com/jhered/article/96/6/663/2187610/The-Origins-of-Iberian-Horses-Assessed-via#TBL2
https://fr.wikipedia.org/wiki/Genet_d%27Espagne_(cheval)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Pure_race_espagnole
https://fr.wikipedia.org/wiki/Cheval_au_Moyen_%C3%82ge
https://fr.wikipedia.org/wiki/Cheval_blanc_dans_la_culture
http://www.cheval-savoir.com/1379-tournois-aux-carrousels-culture-equestre
https://fr.wikipedia.org/wiki/Expansion_de_l%27islam
https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89quitation_de_tradition_fran%C3%A7aise
https://fr.wikipedia.org/wiki/Lipizzan
https://fr.wikipedia.org/wiki/Colonisation_espagnole_de_l'Am%C3%A9rique
https://fr.wikipedia.org/wiki/Paso_Fino
https://fr.wikipedia.org/wiki/Paso_p%C3%A9ruvien
https://academic.oup.com/jhered/article-lookup/doi/10.1093/jhered/esj020
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/16489143